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Pourquoi le Centre de Commerce International travaille avec les SAEI ? Comment, via ces hubs d'accompagnement, il contribue à booster l'écosystème entrepreneurial en Afrique ? Quelles recommandations à destination des SAEI pour surmonter la crise ? Chef de la Section pour la compétitivité des Entreprises et des Secteur au Centre de Commerce International, Robert Skidmore a accordé un entretien à Afric'innov dans lequel il répond à ces questions.

Temps de lecture : 5 minutes

 

Pouvez-vous vous présenter à notre communauté ?

Je m’appelle Robert Skidmore. Je suis Américain, et je dirige l’équipe qui travaille en première ligne avec les PME et les secteurs au Centre du Commerce International (ITC). L’ITC est une agence conjointe de l’ONU et de l’OMC basée à Genève, en Suisse. Nous sommes spécialisés dans l’assistance technique liée au commerce. 

Notre mandat est “le Commerce pour le bien de tous”, c’est-à-dire de soutenir le développement des PME et des start-up dans les économies émergentes, en étroite collaboration avec le gouvernement et plus encore les structures d’appui telles qu’Afric’innov, afin de contribuer à l’atteinte des objectifs de développement durable. 

Notre appui repose sur la formation, le coaching personnalisé et le réseautage. Notre objectif : renforcer la compétitivité de tous les acteurs pour générer de la croissance et créer des emplois. 

 

Robert E. Skidmore, au centre de la photo, en discussion avec des collègues au siège du Centre International de Commerce à Genève

 

Aujourd’hui, nous remarquons une dualité dans la typologie des structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat : nous avons les modèles classiques représentés par les Chambres de commerce, associations sectorielles, etc. et les modèles apparus plus récemment, les hubs d’accompagnement. Au niveau de l'ITC, comment percevez-vous ces deux modèles ?

Dans le contexte actuel où le secteur des services est devenu le premier contributeur au PIB de la plupart des économies africaines, avec un poids toujours croissant de l’industrie des technologies digitales, l’ITC est impliqué dans un nombre croissant de projets d’appui au renforcement des écosystèmes de la tech en Afrique.

Nous sommes présents dans 10 pays avec l'initiative FastTrackTech Afrique (Bénin, Côte d’Ivoire, Ethiopie, Mali, Rwanda, Tanzanie et Zambie), le Netherlands Trust Fund (Sénégal et Ouganda) et l’UE en Gambie. Nous appuyons également ce secteur dans le cadre de projets multisectoriels, comme par exemple en Guinée ou au Kenya. 

 

L’ITC joue un rôle de catalyseur de l'écosystème en permettant aux entrepreneurs d’un côté d’accéder à un support adéquat, et de l’autre en permettant aux SAEI de mener leur mission à bien, par le sponsoring, le renforcement de capacité et l’organisation conjointe d’évènements B2B ou de réseautage tout simplement. 

Pour avoir un impact dans tous ces pays, la meilleure façon est de passer par les organismes d’appui. Traditionnellement, cela voulait dire les chambres de commerce et les agences de promotion des exportations comme vous l’avez dit. Avec le secteur de la tech, ces acteurs traditionnels n’ont pas encore établi de liens solides avec les innovateurs et autres jeunes créateurs de start-up. Est-ce une question de génération ? Je ne pense pas: je crois plutôt que c’est un décalage de culture d’entreprise. 

Ce public nouveau d’entrepreneurs se reconnaît beaucoup plus dans les communautés que forment les accélérateurs, incubateurs, fab labs et autres espaces de co-working… Toutes ces structures que l’on peut regrouper sous l’appellation de “tech hubs” ou “hubs technologiques” en bon français. Ce sont sans doute les acteurs les plus dynamiques dans la sphère des structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat, les SAEI. 

 

Qu’est ce qui vous pousse à collaborer avec les SAEI ?

Le développement du secteur dépend fortement de l'encadrement et du soutien des acteurs directs, ici les entrepreneurs de la tech. Les SAEI offrent un cadre référentiel permettant de capter et diffuser de manière optimale notre concours aux secteurs économiques ciblés. 

Les entrepreneurs n’ont pas souvent les ressources nécessaires à allouer aux SAEI pour bénéficier d’un accompagnement. D’un autre côté, les SAEI ne peuvent, pour des raisons de rentabilité et de viabilité, mettre à disposition leurs infrastructures (technique et logistique) gratuitement. Trop souvent, ces institutions souffrent des mêmes maux que les start-up qu’elles accompagnent : manque de clarté du modèle d’affaires et incertitudes des sources de revenus.

L’ITC joue un rôle de catalyseur de l'écosystème en permettant aux entrepreneurs d’un côté d’accéder à un support adéquat, et de l’autre en permettant aux SAEI de mener leur mission à bien, par le sponsoring, le renforcement de capacité et l’organisation conjointe d’évènements B2B ou de réseautage tout simplement. 

 

Vous avez publié le 1er juillet la seconde édition de votre publication “Tech Hubs in Africa: Supporting Startups”, quelles sont les évolutions majeures notées par rapport à la première édition ?

La nouvelle édition de “Tech Hubs in Africa” a élargi sa couverture, en fournissant des exemples de hubs du Nord au Sud de l’Afrique. Nous sommes passés à 39 hubs étudiés dans 21 pays, avec des interviews, des études de cas, en partenariat avec Afric’innov, Bond’Innov et le réseau Impact Hub. 

L'étude fournit aux hubs et aux acteurs de l'écosystème des informations sur les différentes approches de conception de modèles économiques pour relever les défis de la viabilité financière. La matrice développée permet aux différents hubs également de se benchmarker par rapport à leurs pairs et de trouver des sources d’inspiration adaptables à leur environnement. 

 

Couverture de la deuxième édition du rapport de l'ITC sur les hubs en Afrique

 

Pouvez-vous illustrer par des exemples les types de collaboration que vous avez eu avec les SAEI ?

Nous travaillons étroitement, dans les septs pays du projet #FastTrackTech et les deux du Netherlands Trust Fund IV, en partenariat avec des Hubs sur le renforcement de capacité des start-up que nous accompagnons, l'organisation d'événements de networking et développement de partenariat. 

Au Mali par exemple, avec le Donilab, nous finançons des formations et mettons à disposition notre réseau d’expert dans des domaines essentielles de l'entrepreneuriat. Avec Baby Lab à Abidjan, nous avons sponsorisé l’achat de matières premières pour l’impression 3D, afin de contribuer à la production d’équipements de protection individuels. 

Au Sénégal également, avec le CTIC Dakar, nous avons subventionné la participation du directeur à des ateliers du YES! Forum lors de la semaine mondiale de l'entrepreneuriat et appuyons l’organisation d'événements majeurs de réseautage comme la Start-up Networking Days initié par le CTIC.

 

L 'ITC est particulièrement sensible aux impacts que la crise aura sur les PME dans les économies en développement et en transition, dépendantes des importations ou des exportations pour maintenir leurs activités.

Ces collaborations permettent aux SAEI de développer leurs compétences et mener leurs activités afin d’assurer leur viabilité sans dépendre de la capacité économique des entrepreneurs. 

 

La covid-19 a fortement impacté l’écosystème, quelles recommandations faites-vous ?

L 'ITC est particulièrement sensible aux impacts que la crise aura sur les PME dans les économies en développement et en transition, dépendantes des importations ou des exportations pour maintenir leurs activités. Pour soutenir nos partenaires dans ces moments difficiles, l'ITC a développé un plan d'action en 15 points pour les micro, petites et moyennes entreprises (MPME),organisations de soutien aux entreprises et gouvernements (Télécharger le plan d’action en 15 points en cliquant sur ce https://www.intracen.org/nouvelles/Action-Plan-Supporting-small-businesses-through-the-COVID-19-crisis-and-towards-the-future/).

Couverture du plan d'action en 15 points pour soutenir les petites entreprises pendant et apr!s la crise de la COVID-19

 

Concernant le volet dédié au SAEI de ce rapport, je vais proposer 5 recommandations.

1. Dans un premier temps, nous conseillons à nos partenaires de travailler sur des informations fiables à transformer en outils décisionnels pour trouver des solutions.

2. Deuxièmement, il faut coacher les entreprises pour les aider à assurer la continuité de leurs activités, à passer au télétravail, à gérer la crise et surtout la trésorerie. Par exemple, nous avons organisé avec le CTIC DAKAR un appel à candidature pour l’appui à la gestion de crise avec un financement d’urgence de 10.000 USD. Le même modèle est en cours de lancement en Ouganda, et le sera bientôt dans les autres pays FastTrackTech. 

3. Troisièmement, il faut digitaliser l'accompagnement pour assurer la continuité et le soutien à l’amélioration de la compétitivité et l’agilité des PME. Par exemple, nous avons pu organiser des séances de coaching, de mise en relation avec des VC, d’opportunités B2B avec des banques régionales africaines pour les FinTech.

4.  Quatrièmement, il faut soutenir la reprise pour les entreprises. Dans ce contexte, nous avons connecté des start-up actives dans le domaine de la santé avec les initiatives respectives de lutte contre la pandémie du ministère de la Santé et du Commerce au Sénégal.

5.  Finalement, nous devons nous préparer à l’avenir et à la « nouvelle normalité » en assurant la mise en place d'un cadre propice à l’épanouissement des entreprises dans une économie mondiale digitalisée basée sur la résilience, l’inclusion et la durabilité.

Ce ne sera pas simple, mais pour les SAEI qui arriveront à surmonter la crise, il y aura un avenir avec d’énormes opportunités digitales à saisir, et l’ITC sera aux côtés de nos partenaires sur cette route.

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Interview réalisée par Ousseynou Gueye, Responsable de la Communication et de la communauté chez Afric'innov - ousseynou[at]africinnov.com

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