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Après l’annonce des lauréats faite ce 5 juin 2020, Afric’innov vous emmène en immersion dans les coulisses du Challenge des 1000 à travers cet interview qu'Agnès Abastado et Pénélope Terranova* nous accordent pour le compte de Digital Africa. Elles lèvent également un coin du voile sur le programme d’accompagnement prévu pour les 1000 entrepreneurs africains sélectionnés, dans le contexte d’un Digital Africa en pleine élaboration de projets à forte valeur ajoutée pour l’écosystème entrepreneurial africain.

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AFRIC’INNOV : Vous avez tout récemment annoncé les 1000 entrepreneurs africains sélectionnés suite au challenge des 1000. Mais pourrions-nous revenir aux origines de ce projet ? Pourquoi le challenge des 1000 ?

DIGITAL AFRICA : Annoncé lors de la conférence de presse de présentation du Sommet Afrique-France 2020 qui se tenait à Bordeaux le mardi 17 septembre 2019, le Challenge des 1000 est une initiative conjointe de Digital Africa et du Sommet. 

C’est en effet dans le cadre de l’organisation de ce Sommet, qui aurait dû se tenir du 4 au 6 juin 2020, que le challenge des 1000 est né. Il répondait à une envie forte de la part des équipes du Sommet de donner une visibilité et une présence concrète aux jeunes entrepreneurs Africains sur le salon, et faire émerger des innovations du continent pour la ville durable du futur. 

Digital Africa ayant, à travers les partenaires de son écosystème, un rapport privilégié avec l’entrepreneuriat sur le continent, s’est associé dans la construction de ce challenge panafricain avec une ambition forte, celle de représenter dans cette sélection la richesse, le dynamisme et la diversité de l’entrepreneuriat africain. 1000 lauréats devaient ainsi être invités à Bordeaux, avec un programme dédié autour de l’événement. 

Digital Africa a sollicité une centaine de ses partenaires afin de relayer la communication liée au challenge.

Nous imaginons bien que mettre en place un pareil challenge inédit en Afrique n’a pas été facile. Pourrions-nous avoir une idée des moyens qui ont été développé pour mettre en place ce projet ?

Les équipes de Digital Africa ainsi que des équipes du Sommet on travaillé pendant plusieurs mois au lancement et suivi du challenge, de septembre 2019 à l’annonce des lauréats, le vendredi 4 juin 2020. Au cours de ce processus, Digital Africa a sollicité une centaine de ses partenaires afin de relayer la communication liée au challenge, inciter les entrepreneurs de leurs réseaux respectifs à postuler et plus globalement mobiliser les acteurs pertinents de l’écosystème sur le continent. Certains partenaires comme Afric’innov ont été clés dans cette mobilisation, à travers un relai plus intense et une mobilisation plus importante d’entrepreneurs. 

Plusieurs jurys ont été mis en place, localement d’abord, grâce à la collaboration avec les équipes du Sommet qui ont sollicité tous les postes diplomatiques locaux pour recevoir les candidats et faire les premières sélections. Un jury d’experts internationaux a été mobilisé pour la deuxième phase de sélection et assurer une cohérence globale des lauréats. 

D’un point de vue technique, Digital Africa a développé un module spécifique pour les candidatures en ligne, puis pour le processus de sélection.

 

Quels sont les challenges et défis auxquels vous avez été confrontés pour mener à bien ce challenge ?

Malgré des campagnes ciblées auprès des entrepreneures femmes et la mobilisation de partenaires spécialisés en entrepreneuriat féminin, le challenge des 1000 n’a reçu “que” 32% de candidatures portées par des femmes. Le respect de la parité pour ce challenge a donc nécessité un travail de recherche et d’analyse approfondie sur les candidatures féminines, tout en conservant une grande qualité sur l’intégralité des lauréats. 

Le challenge étant panafricain, la répartition géographique était très large, et bien sûr certains pays sont particulièrement représentés comme l’Afrique du Sud ou le Nigeria. Cependant, la mobilisation a réellement eu lieu partout en Afrique, et nous avons reçu des candidatures de qualité de tous les coins du continent. Nous avons par la suite tenu compte de la pertinence et la qualité des projets pour obtenir une répartition représentative du dynamisme entrepreneurial de chaque pays.

Si certains secteurs de la ville durable étaient plus représentés (accéder aux services essentiels et nourrir la ville), nous avons reçu des projets dans de nombreux secteurs de façon assez équilibrée.

 

Finalement, combien de candidatures avez-vous reçues ? Et comment avez-vous fait pour les départager ?

Nous avons reçu près de 4000 candidatures, ce qui, au vu d’un dossier de candidature exigeant et chronophage pour les entrepreneurs, rentrait dans nos prévisions.

Les pays avec le plus de lauréats sont le Nigéria, l'Afrique du Sud, le Cameroun, la Côte d'ivoire et le Sénégal.

Comme évoqué précédemment, le processus de sélection a mobilisé deux types de jurys différents. Il s’agit d’abord des jurys locaux avec l’implication des postes diplomatiques dans une cinquantaine de pays africains, puis d’un jury international composé d’experts de l’entrepreneuriat en Afrique. 

Les jurys locaux recevaient et évaluaient les candidatures de leur pays, et y apposaient un classement selon une grille de critères prédéfinis. Le jury d’experts internationaux recevait ensuite ses résultats, pour valider les choix finaux selon des critères spécifiques plus “macro” (parité, équilibre géographique et sectoriel..) permettant d’avoir une vision d’ensemble de la sélection. Parmi les critères déterminants figurent également l’aspect innovant des projets, leur réplicabilité et leur impact d’un point de vue environnemental et social. 

 

Les 1000 entrepreneurs sélectionnés sont maintenant connus. Pourriez-vous nous dresser un tableau synthétique des 1000 entrepreneurs sélectionnés ?

53 nationalités ont été sélectionnées, avec un équilibre relativement équivalent sur les différentes régions. Les 5 pays avec le plus de lauréats sont le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Nous le savons déjà, certains pays, et certaines régions en particulier, sont plus structurées sur les questions d’entrepreneuriat : la mise en place de politiques publiques favorisant l’entrepreneuriat, la présence d’acteurs locaux particulièrement actifs dans l’animation des écosystèmes entrepreneuriaux et la relation avec les investisseurs, l’existence de structures de soutien aux communautés d’entrepreneurs, etc. sont autant de facteurs favorisant l'émergence et la réussite des entrepreneurs. Cela s’est reflété dans les candidatures reçues, et dans les 1000 lauréats. 

Bien que les candidatures couvraient toutes les thématiques du Sommet, 2 thématiques de la ville durable néanmoins prédominent : Nourrir la ville (l’Agriculture), et l’Accès aux services essentiels (Santé, Éducation…).

Dans l’analyse des candidatures, il nous a paru intéressant de voir des projets se faire écho, soit par la thématique, soit par la manière d’aborder le projet. Des partenariats et collaborations pourraient naître de la rencontre de ces entrepreneurs lauréats et donner à leurs solutions et idées un impact au-delà des frontières. Nous avons créé une communauté Facebook qui regroupe les lauréats et, faute de pouvoir rassembler tous les lauréats à Bordeaux comme initialement prévu, nous allons animer au mieux cette communauté en ligne. Nous croyons fortement en l’émulation qui pourra naître de cette communauté panafricaine et de la mise en réseau de ces entrepreneurs venant de tout le continent qui ont comme dénominateur commun une grande motivation.

Les lauréats bénéficieront d'un accompagnement dédié, leur permettant d'avoir accès à des financements, de la formation, des mises en réseaux ainsi que de la visibilité pour leurs projets.

Quelles sont les prochaines étapes avec ces 1000 entrepreneurs ?  

L’annulation du Sommet et la crise Covid-19 a obligé à retravailler la proposition de valeur qui était prévue autour du Sommet, vers un programme qui sera géré essentiellement à distance, et qui se construira dans la durée. 

Un groupe Facebook dédié aux lauréats a été créé pour cette communauté, dont l’animation revient à Digital Africa. Concernant le programme, une première brique de montée en compétences et d’apprentissage par les pairs - la Resilient Summer School - a été lancée par Digital Africa et débute dès le mois de Juillet 2020.

Les équipes organisatrices du Sommet Afrique-France et les équipes Digital Africa travaillent à la construction d’un programme complémentaire et sur la durée qui devrait être dévoilé en Septembre 2020. Les lauréats bénéficieront d’un accompagnement dédié, leur permettant d’avoir accès à des financements, de la formation, des mises en réseaux ainsi que de la visibilité pour leurs projets. Ce programme s’appuie sur un tissu de partenaires français et africains, au travers notamment de mentorat, de mises en relation, de bourses, de financements publics et privés.

 

Quelles sont les autres projets à venir ou en cours, autre que le challenge des 1000, et déployés par Digital Africa ?  

Réunis en assemblée générale mi-juin, Digital Africa et ses membres ont défini les orientations d’un plan d’action ambitieux, visant à faire des entrepreneurs techs les premiers acteurs de la relance économique africaine afin de surmonter la crise résultant de la pandémie de Covid-19. 

Des programmes pilotes se déploient à travers 4 projets actés et lancés d’ici la fin du mois de juin 2020. Tout d’abord, la Resilient Summer School évoquée précédemment, un programme de renforcement de capacités de jeunes champions. Nous lançons en parallèle une étude “Data 4 Digital Africa”, qui a pour objectif de construire une infrastructure de données ouvertes. Ces données permettront aux entrepreneurs et créateurs de solutions tech de tester leurs modèles avec des données open source issues du continent. Par ailleurs, nous lançons un programme, Africa Next Round, visant à faciliter des co-investissements dans les entreprises innovantes africaines en hyper-croissance. Enfin, le site resilient.digital-africa.co, qui doit notamment inclure à terme une base de données de solutions d’avenir, s’inscrit dans cette logique et vise à démontrer le rôle déterminant des innovations tech africaines dans la résilience - présente et à venir - du continent.

Dans cette nouvelle étape, l’objectif est de poursuivre et d’approfondir l’ancrage panafricain de Digital Africa, tout en affinant sa proposition de valeur à destination de l’ensemble de ses bénéficiaires. Sous la conduite de Kizito Okechukwu, le nouveau Vice-Président de Digital Africa, seront ainsi lancés en juillet 2020 des ateliers de travail collaboratifs avec les membres et partenaires africains de l’initiative, comme Afric’innov, afin d’écouter leurs propositions et de partager de bonnes pratiques. Les discussions porteront notamment sur les moyens de rendre opérationnels les trois grands axes stratégiques de Digital Africa, à savoir l’appui aux start-ups et créateurs d’entreprises innovantes, la fédération et le renforcement des écosystèmes locaux et l’accompagnement des politiques d’innovation sur le continent. Un livre blanc présentant le programme de Digital Africa à 3 ans est attendu au terme de ces débats.

 

En savoir plus : https://digital-africa.co/press/digital-africa-sengage-pour-une-afrique-resiliente/

Pour contacter Digital Africa : contact[at]digital-africa.co

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*Agnes Abastado est point focal de Digital Africa en Afrique, elle est basée au Sénégal. 

*Pénélope Terranova est chargée de mission au sein de Digital Africa, elle est basée à Paris.


Interview réalisée par Ousseynou Gueye, Responsable de la Communication et de la Communauté chez Afric’innov - ousseynou[at]africinnov.com

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