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Fortement impliqué dans le renforcement de capacités des structures d'accompagnement à l'entrepreneuriat en Afrique, Rouffahi Koabo est membre Président de Sahelinnov et membre du Conseil d'Administration d'Afric'innov. En tant que Directeur Général du CIPMEN au Niger, il revient sur l'impact de ladite structure depuis sa création et sur ses perspectives.

 

Temps de lecture : 6 minutes

 

AFRIC’INNOV : Pouvez-vous vous présenter à notre communauté ?

Je suis le directeur général du CIPMEN, le principal incubateur d’entreprises au Niger, spécialisé dans le digital, l’agrobusiness et les énergies renouvelables. Je suis aussi à la tête de SahelInnov, l’écosystème régional pour les start-ups au Sahel (réseau de 9 incubateurs) et membre du conseil d’administration du réseau Afric’innov, ainsi que vice-président du réseau des structures d’accompagnement à l’entreprenariat au Niger. Avant le CIPMEN ; j’ai travaillé comme consultant et salarié pendant plus de 10 ans en transformation digitale et cybersécurité sur la protection de données pour des grandes entreprises en Europe, aux Etats-Unis, et en Afrique. Je suis co-fondateur de Fideni (un fond de private equity de la diaspora nigérienne), et de 3 starts-up au Niger et deux en France. J’ai co-fondé la première école de code au Sahel (Codeloccol.org) et le premier forum qui regroupe le monde de la recherche, les pouvoirs publics et partenaires aux développements ainsi que les startups (i4dev.org). Je suis diplômé de l’Université de Lyon 1 en France et de l’Université de Concordia au Canada. J’ai été un membre actif des associations de la diaspora nigérienne en France et au Canada.

 

Face aux challenges auxquels le Niger est confronté, le CIPMEN entend contribuer à la réponse en facilitant l’auto-emploi et la création d’emploi.

Pourriez-vous nous présenter le CIPMEN ?

Le Centre Incubateur des PME au Niger est une association à but non lucratif créée en 2013 bâtie sur un PPP (partenariat public privé). Placée sous la tutelle du ministère du commerce et de la promotion du secteur privé du Niger, son conseil d’administration inclut à la fois des institutions publiques et des entreprises privées internationales. La présidence du conseil d’administration est assurée par Mr Ibrahima Guimba Saidou, Ministre conseiller spécial du président de la république du Niger, DG de l’agence nigérienne pour la société de l’information. Premier incubateur au Niger, il fédère les structures qui interviennent dans le domaine de l’entrepreneuriat et de l’innovation au Niger. Ses missions visent à permettre aux starts-ups nigériennes de relever les défis auxquels sont confrontés les Nigériens.

Face aux challenges auxquels le Niger est confronté, le CIPMEN entend contribuer à la réponse en facilitant l’auto-emploi et la création d’emploi. Ses experts en développement des affaires accompagnent les entrepreneurs et porteurs d’idée dans l’objectif de faire émerger des entreprises championnes capables de créer de l’emploi et d’absorber les productions locales. Implanté d’abord à Niamey, le CIPMEN a ouvert des antennes dans les régions de Tahoua, de Zinder, d’Agadez et Maradi afin d’accompagner les entreprises sur tout le territoire nigérien. Il a également initié le RESAEN (Réseau des structures d’accompagnement à l’entreprenariat au Niger) afin de conjuguer les efforts des structures pour plus d’impact dans le support aux jeunes et femmes porteurs de projet au Niger.

Cet engagement en faveur du développement d’un entrepreneuriat innovant et durable dépasse les frontières nigériennes. Le CIPMEN a effectivement initié SahelInnov en 2017 afin de mutualiser les compétences des incubateurs sahéliens. Ce consortium accompagne la conquête de marchés régionaux dans le Sahel et favorise la diffusion des bonnes pratiques entre les incubateurs.  L’expertise du CIPMEN est par ailleurs sollicitée dans des activités de plaidoyer du G5 Sahel, notamment au sein d’une étude pour mesurer l’impact de l’insécurité sur le secteur privée.

Photo de famille après une formation de sensibilisation à l’entrpreunariat  aux jeunes excellents du Niger à CIPMEN.

 

Le CIPMEN existe depuis maintenant 6 ans, quel bilan global tirez-vous ?

Le CIPMEN depuis 2014, c’est plus de 335 porteurs de projets et 216 startups incubées (dont 36% dans l’agroalimentaire et 30% dans le numérique), 72 entreprises financées pour une levée de fonds de plus de 500 millions de FCFA, une dizaine d’événements inédits organisés (Sahelinnov, E-takara, I4Dev, Foire de l’emploi, Hack4dev, …), de centaines de formations faites, etc. 

Le chiffre d’affaires des entreprises incubées est passé de 74 millions en 2017 à plus d’un milliard de Fcfa en 2019. Mieux, plus de 80% des entreprises accompagnées continuent leurs activités après leur sortie d’incubation. 

Le CIPMEN est passé de 5 collaborateurs en 2014 à plus de 40 actuellement sans compter son déploiement qui se poursuit à l’intérieur du pays. 

Après 6 ans d’existence, on peut dire que la mission de l’incubateur CIPMEN est réussie en devenant un outil incontournable au service de l’innovation et de l’entrepreneuriat durable au Niger et au sahel. 

 

L’écosystème entrepreneurial au Niger est en perpétuelle évolution et le CIPMEN, incubateur soutenu par l’état du Niger et les partenaires privés, y a joué un rôle fondamental...

La confiance sans cesse renouvelée des partenaires comme le gouvernement de la république du Niger à travers différentes institutions, le ministère des affaires étrangères des pays bas (DGGF), l’OIM, Orange Niger, AUDA-NEPAD, la banque mondiale, l’Ambassade France, l’AFD, la GIZ, le secteur privé nigérien est là pour témoigner de l’évolution qu’a connue le CIPMEN depuis sa création.

 

En tant que pionnier dans l’accompagnement à l’entrepreneuriat au Niger, comment jugez vous l’écosystème entrepreneurial de votre pays aujourd’hui ?

L’écosystème entrepreneurial au Niger est en perpétuelle évolution et le CIPMEN, incubateur soutenu par l’état du Niger et les partenaires privés, y a joué un rôle fondamental depuis sa création en favorisant l’émergence d’entreprises innovantes portées par des jeunes et des femmes au Niger et répondant à des problématiques concrètes telles que la sécurité alimentaire, les défis liés à la migration, la transformation digitale, le changement climatique, etc.

L’écosystème Nigérien a toujours besoin de structuration (la pandémie du COVID-19 l’a encore mis en évidence) parce que nous avons des entreprises légalement constituées, mais qui opèrent toujours avec des méthodes informelles de gestion, ce qui n’est pas sans conséquence sur leur développement. Elles n’ont pas de bons dossiers de financement, mais aspirent à du financement des banques ou du CIPMEN. Leurs produits ne respectent pas les normes et standards en vigueur, mais elles veulent exporter à l’international. Notre apport intervient en ce sens, un destin commun partagé de sorte que le développement de ces entreprises aille de pair avec la pérennisation du CIPMEN pour soutenir davantage de jeunes porteurs de projets. 

 

Jusqu’en 2018 le CIPMEN était présent uniquement à Niamey. Or seulement 6% de la population vit dans la capitale et il y a un manque criard de cadre permettant l’accompagnement entrepreneurial en régions.

De par notre expérience, nous avons compris que dans nos écosystèmes fragiles souvent, ce ne sont pas seulement les startups qui ont besoin d’accompagnement, l’écosystème en lui-même en a besoin. En effet devant des défis écosystémiques, il est utopique de penser faire prospérer des startups viables c’est pour cela que le CIPMEN met en place des mécanismes pour appuyer l’écosystème en collaboration avec des parties prenantes publiques comme privées. À titre d’exemple, nous pouvons citer la coding accademy (codeloocol.org) que nous avons mise en place avec l’ambition de former 1000 développeurs informatiques à l’horizon 2026 qui seront mises à disposition des startup du numériques et du grand projet des villages intelligents, ou le déploiement des unités mutualisées d’emballages et de transformation pour augmenter la compétitivité des produits nigériens face aux produits importés bien emballés mais souvent de moins bonne qualité.

Le président du Niger saluant une délégation des incubateurs membres de sahelinnov en marge du sommet de l’UA à Niamey

 

Le CIPMEN est en phase de démarrer un grand chantier d’ouvertures de locaux dans d’autres villes du Niger, pourriez-vous nous en dire plus ?

Jusqu’en 2018 le CIPMEN était présent uniquement à Niamey. Or seulement 6% de la population vit dans la capitale et il y a un manque criard de cadre permettant l’accompagnement entrepreneurial en régions. Cela nous a amené à envisager des ouvertures de centres incubateurs dans les grandes villes en favorisant des partenariats locaux. C’est ainsi que nous avons ouvert les antennes de Tahoua et Zinder en 2018 et celles d’Agadez et Maradi en 2020. 

Nous envisageons également d’utiliser la technologie comme levier de réduction de la fracture entre Niamey et les régions en facilitant l’accès à l’expertise et au mentorat en milieu rural. Le constat a été fait que les populations en région sont les plus impactées par certains défis c’est pourquoi le CIPMEN travaille au déploiement de centres de formations connectés avec un service de visioconférence performant capable de permettre le partage d’expérience et la diffusion de bonnes pratiques entre Niamey et l’intérieur du pays, voire depuis l’extérieur du pays.

Un incubé de CIPMEN Zender présentant son projet entrepreneurial

 

Votre mot de la fin ?

Après les mesures prises pour limiter la propagation de la pandémie du COVID-19, le CIPMEN a été impacté mais a su résister avec l’appui du gouvernement nigérien et des partenaires. Aujourd’hui, le CIPMEN entame une nouvelle dynamique avec le déménagement de son siège à Niamey pour regrouper tous ses sites en un seul endroit au sein du Hub XL en partenariat stratégique avec l’African Development University (ADU). Nous recherchons actuellement le financement pour notre projet de construction de la cité de l’entrepreneur à Niamey qui doit offrir près de 5000 m2 de bureaux, d’espaces de coworking, de salles de conférences, de services de garderies mutualisés entre l’incubateur, les startups et les porteurs de projets accompagnés, ainsique les entreprises de l’écosystème.

 

Au-delà de l’effet de mode que représente actuellement l’entreprenariat en Afrique, nous allons continuer nos efforts avec nos partenaires publiques et privés pour susciter l’envie d’entreprendre chez les jeunes nigériens en particulier, et africains en général, afin de faire émerger des entreprises économiquement viables à forte proposition de valeur, capables de participer de manière concrète au développement économique et social du continent.

 

Chacun fait un pas et tout le monde avance !!

 

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Pour entrer en contact avec Rouffahi Koabo, écrivez-lui sur rouffahi.koabo[at]cipmen.org

Interview réalisée par Ousseynou Gueye, Responsable de la Communication et de la communauté chez Afric'innov - ousseynou[at]africinnov.com

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